Be UP

Dans les yeux d'Arthur

Augustin Delaporte :

FlashbackOn est le mercredi 24 octobre à Saint Malo. Le village de la Route du Rhum a ouvert ses portes cet après-midi et il est déjà plein à craquer. Les gens font la queue devant l’entrée principale, les effluves de rhum s’échappent du stand « Région Guadeloupe » et la tyrolienne Charal fait le buzz.

Tu arrives en début de soirée, après un convoyage de 34h, la mine un peu fatiguée mais avec l’œil excité comme un enfant à Noël : tu vis ton premier village en tant que skipper et avec en prime une loge !

Quel sentiment prédomine à cet instant ?

Arthur : Il y a énormément d’excitation. J’étais comme une puce ! Je me suis dit : ça y est c’est parti, on rentre dans le vif du sujet.

© Etienne Cattier - Gyro Productions #RDR2018

A.D : Dès le lendemain et jusqu’à la veille du départ, le menu est copieux : déjeuners partenaires conviviaux, visites du bateau (notamment par des enfants émerveillés et timides à l’idée de demander un autographe, ndlr), préparation du bateau avec « the coach » Patrice et en point d’orgue la présentation des skipper (samedi 27) devant une foule amassée et l’échange avec Serge Herbin (journaliste renommé de la voile en France) durant l’émission de la Route du Rhum.

Lire Une semaine nichée dans la loge UP

Un emploi du temps de ministre mais pas beaucoup de temps pour toi…

 

Arthur : Notre projet était fait comme ça. Nous étions un petit team d’amateurs et donc nous étions très occupés mais tu vis le moment comme un rêve éveillé… Par exemple, le fait d’être interviewé sur le plateau de la Route du Rhum aux côtés de grands skippers, c’était dingue ! J’ai signé plusieurs autographes à des gens qui m’attendaient à la sortie stylo et journal en main.

Finalement, ce qui m’a manqué sur le village cela a été de ne pas pouvoir me dégager du temps pour faire du sport ou me promener sur les pontons afin d’admirer les autres bateaux… Mais c’était vraiment génial ainsi !

A.D : La pression monte doucement et l’un des moments forts arrive : la sortie de l’écluse la veille du départ. Côté tribune on en frissonne encore.

Tu as vécu comment tout ce soutien populaire ?

 

Arthur : C’était hyper fort. Les gens qui applaudissent, crient ton nom et t’encouragent… Comme j’étais proche du bord j’ai même pu discuter avec certains !

Ce qui est paradoxal dans ce moment c’est que tu quittes un ponton, tu dis aurevoir à tout le monde mais le soir tu rentres dormir chez toi. Il y a une montée/descente d’adrénaline et il faut se remettre dedans le lendemain.

Dans la foulée je suis passé à la loge pour un dernier aurevoir aux proches qui m’y attendaient. Je suis ensuite rentré à la maison pour profiter des enfants et de ma femme Lorraine. Et puis à 23h30 dodo !

A.D : Dimanche 4 novembre 2018 à 14h le départ sera bien lancé malgré la colère de plusieurs Class40 voulant le décaler ou neutraliser la flotte à Brest (afin de donner un nouveau départ dans des conditions plus praticables).

Voir la vidéo du départ d’Arthur

Raconte-nous cette journée et ton avis sur la décision de l’organisation de la course.

Arthur : Etonnamment j’ai très bien dormi et je me suis réveillé tranquillement à 7h avec César (son fils). Nous étions tous un peu anxieux en voyant les fichiers météo, d’autant que la troisième dépression s’est accentuée, mais je ne suis pas sûr que décaler le départ aurait changé quoi que ce soit.

A.D : La suite se corse. Tu vis trois jours de course et décide de rentrer à Bénodet dans des conditions compliquées…

Arthur : Le retour a été dantesque… Avec pas mal de soucis sur le bateau.

A.D : C’est à ce moment que tu décides de ne pas repartir ou une fois à terre avec du recul ?

Arthur : Sur le retour je me suis dit : « plus jamais ». Inconsciemment la décision a peut-être été prise à cet instant. En me réveillant le lendemain, je me dis qu’il faut y retourner, que je me suis battu pendant un an pour être au départ … J’ai fait les réparations, le tour du bateau, j’ai appelé Patrice… Je me suis mis en ordre de bataille.

Mais j’avais toujours le sentiment que c’était dur de repartir. C’est un sentiment horrible car je me disais qu’il s’agissait d’une occasion unique qui ne se représenterait peut-être pas mais au fond de moi la décision était prise.

A l’instant où j’ai fait ce choix, je me suis promis de revenir plus fort en 2022 (prochaine Route du Rhum).

« Reprendre la route de la Guadeloupe une semaine après le départ, c'était clairement repartir en convoyage »

(Jean Galfione à bord de Serenis Consulting). A lire dans Les aléas de la course.

 

A.D : Qu’est-ce qu’il t’a manqué pour cette fois ?

Arthur : Essentiellement du temps. J’ai passé énormément de temps à chercher des partenaires et ce temps je n’ai pas pu l’utiliser pour m’entrainer sur le bateau. Pour 2022, je vais lancer le projet dès l’année prochaine (2019). Il faudra que j’aie un bateau le plus tôt possible pour le « mettre à ma main » et le connaitre parfaitement.

A.D : Tu es maintenant de retour à Paris, au bureau.

Comment tu gères le fait de redevenir chef d’entreprise à plein temps ? Comment on rebascule dans ces cas-là ?

Arthur : Pour être honnête c’est difficile. La Route du Rhum est encore très présente dans ma tête surtout que je pars en famille en Guadeloupe en fin de semaine…

A.D : Que pensent tes proches de tout ça ?

Arthur : Mes proches je leur ait expliqué. Il pense comme moi que c’était une décision rationnelle. Il y avait de la casse sur le bateau, une météo risquée et quand tu vois que Banque Populaire a chaviré, que Claire Pruvot s’est pris un cargo, qu’Arkema a chaviré, que plusieurs bateaux sont cassés ou ont démâtés... heureusement il n’y a pas de blessés mais quand même c’était une année très difficile !

A.D : Un mot pour tes partenaires et crowdfounders (donataires) qui te suivent jusqu’au bout ?

Arthur : Merci déjà. Toute cette aventure c’est grâce à leur soutien et c’est aussi pour cela que j’ai pris cette décision. Il fallait être honnête envers eux et ne pas aller au casse-pipe. Nous avons vécu une année fantastique ensemble grâce aux évènements, au village ou le jour du départ et ce n’est pas fini, nous allons de nouveau nous réunir tous ensemble en début d’année calendaire.

A.D : On prend la machine à remonter le temps et on retourne 1 an en arrière au 7 novembre (soir du lancement de UP). Tu changes quoi ?

Arthur : Je pense qu’il faut retourner trois ans en arrière. Pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier un an c’est trop court.

A.D : A partir de 2019 tu repars sous la bannière UP ?

Arthur : Aucune idée mais j’ai encore tous mes polos donc… (rires)

A.D : Cette année en trois mots c’est…

Arthur : Partage, aventure et convivialité (large sourire)

Portez-vous bien et soyez UP

Catégories : Carnet de bord